Pourquoi une AMAP ?

 

 

Les stratégies de vente directe et de circuit court présentent une logique différente que celle imposée par les échanges standardisés par la grande distribution pour se procurer de la nourriture. Ces stratégies  permettent de réduire les coûts de transport des aliments et permettent de relocaliser la production. Il s'agit donc d'activités qui suivent la logique de la reterritorialisation de l'économie. Cependant, mis à part la dimension environnementale de réduction de l'empreinte écologique des activités nourricières, ces mécanismes permettent également de créer du lien social sur le territoire entre différents acteurs : producteurs-consommateurs, consommateurs-consommateurs.

Ci-dessous, pour ceux que cela intéresse, l'histoire ...

Nous allons dans un premier temps traiter des pratiques collectivistes qui existaient en Bretagne bien avant la mise en place de ces logiques d'économie de proximité. En effet, la Bretagne a longtemps connu des organisations, des échanges sociaux et marchands, basés sur la base de collectivité, notamment à travers l'agriculture participative.

 

Dans un second temps nous nous intéresserons plus précisément au concept de vente directe et d'économie de proximité. Nous retracerons les premières expériences de vente directe organisées à travers des associations en revenant sur l'expérience des" teikei" au Japon. Nous nous pencherons ensuite sur les aspects sociaux, environnementaux et économiques de ces pratiques. Pour finir, nous traiterons du lien direct entre les mobilités et ces pratiques au sein d'un territoire, nous nous intéresserons également aux avantages que présentent les espaces péri-urbains au sein de ces pratiques.

 

 

 

A) Histoire des pratiques communautaires de l'agriculture en Bretagne

 

 

 

Sous l'ancien régime, des contrats de cultures assuraient aux paysans certains droits de copropriété. Le mode de vie traditionnel communautaire s'était fixé dans les structures de parenté et se caractérisait par l'entraide et une faible monétisation des échanges.

 

L'agriculture traditionnelle bretonne était à l'origine essentiellement vivrière sur une dominante céréalière et incluant d'autres plantes cultivées auparavant. Les terres en champ ouvert ou les espaces communaux étaient cultivés selon un principe d'entraide commune. Ces ensembles étaient donc basés sur un travail agricole commun

 

Les champs ouverts et les x communaux sont à mettre en relation avec un habitat groupé en petits villages constituant des unités sociales et territoriales bien définies.

 

Ces pratiques communautaires en Bretagne véhiculaient de nombreuses valeurs au premier rang desquelles on trouve la solidarité et la diffusion d'une culture basée sur les usages du savoir faire et du savoir vivre. Cependant, il faut tout de même nuancer ces propos car l'importance de leur partage et de l'égalité établie au sein des communautés pouvait varier dans le temps comme dans l'espace au sein d'un même terroir.

 

Toutefois, ces pratiques ont commencé à voir leur extinction à partir du 19ème siècle. Elles apparurent comme un frein au progrès technique et au développement économique. Une agriculture moderne basée sur l'intensification de la production fut mise en place. Le démantèlement des communs marque le déclin des habitudes communautaires. Le défrichement et le morcellement des espaces cultivés collectivement se sont traduits dans la seconde moitié du 19ème siècle par une accélération de l'embocagement. De ce fait, l'habitat rural est apparu de plus en plus dispersé : les maisons sont directement attachés à une propriété dont l'entretien et la mise en valeur par le bocage nécessitent une proximité immédiate de l'exploitant. Cette dispersion dans l'espace correspond sur le plan social à une distension des liens communautaires traditionnels.

 

La vente directe sur les marchés locaux, au bourg, etc, sont des pratiques qui se sont développées dans le but d'accéder à des valeurs monétaires. Celles ci sont devenues nécessaires pour l'économie de marché. Mais cette « crise » du lien communautaire traditionnel s'est accélérée dans la seconde moitié du 19ème siècle malgré les différentes formes de résistance pour le maintien de leurs habitudes.

 

Le développement de l'agriculture « conventionnelle » et une introduction de machines agricoles motorisées ont engendré une modification considérable du paysage. La politique agricole commune encouragea le développement des cultures spécialisées et intensives basé sur le progrès technique, les engrais et produits phytosanitaires, afin d'augmenter la productivité et la compétitivité des exploitations. L'intention est d'améliorer les conditions de travail et la prospérité des travailleurs. De ce fait, le développement de l'agriculture conventionnelle a permis de faire de la Bretagne en quelques années une des premières régions agricoles d'Europe. Mais ce fut au détriment du mode de vie rural et des habitudes communautaires qui ont disparu avec l'abandon de l'agriculture traditionnelle. Malgré le recours à une économie sociale et solidaire (très implantée de nos jours en Bretagne), on assiste au déclassement d'une partie de la population agricole. La figure du paysan a très vite été remplacée par celle (plus valorisante?) du technicien agricole. Le coût social de ces changements a été considérable puisqu'il a conduit au déclassement de toute une population de petits agriculteurs et d'ouvriers agricoles.

 

De plus, la commercialisation des produits devient une activité donc le producteur ne se charge plus et qui est relégué à des tiers.

 

Le développement du réseau routier et électrique, l'accès aux biens de consommation de masse ont également accéléré le processus de disparition des pratiques traditionnelles.

 

Avec l'abandon de l'économie traditionnelle centrée autrefois autour d'une production vivrière et reposant sur de fortes habitudes d'entraide, les rapports commerciaux se sont étendus à tous les aspects de la vie quotidienne et sociale.

 

L'esprit dans lequel certains agriculteurs bretons développent aujourd'hui la vente directe de produits agricoles ouvre la voie à une agriculture engagée dont les préoccupations vont au delà de la simple production et distribution écologique et équitable. On peut y retrouver une forme d'héritage culturel de modes de vie ruraux de la Bretagne traditionnelle.

 

 

 

B) Le concept de la vente directe et de l'économie de proximité

 

 

 

1) L'émergence des pratiques de vente directe telles qu'on les connait sont héritées du système de teikei qui a émergé au Japon dans les années qui ont suivi la seconde guerre mondiale.

 

Le système des Teikei est pris comme référence aux Etats-Unis comme en France, il présente une nouvelle organisation des activités économiques par la vente directe.

 

Il apparaît lors de la période au cours de laquelle le Japon industriel s'est reconstruit et a connu une croissance économique très rapide. Cette période de « haute croissance » a amené de nombreuses transformations et a également provoqué des accidents sanitaires (cf : accident au mercure de la baie de Minamata) qui ont conduit à une prise de conscience. Ces réseaux de vente directe se sont ainsi constitués autour de mouvements sociaux de résistance aux effets de l'économie libérale, ils ont pour réaction de se soutenir mutuellement et d'agir ensemble.

 

Les dix principes du teikei sont présentés par Teruo Ichiraku lors d 'une réunion organisée par l'AJAB. Il les a rédigés pour promouvoir la vente directe des produits issus de l'agriculture bio. Il souligne à travers ces principes l'importance des liens entre producteurs et consommateurs. L'objectif du teikei n'étant pas d'organiser des opérations commerciales, il explicite le fait que les teikei ont pour but d'établir un fonctionnement durable de la production et de la distribution dans un esprit d'entraide et de coopération.

 

2) C'est donc a l'issu de ces pratiques que se sont répandues les différentes formes de vente directe de produits vivriers dans d'autres pays, d'abord par les CSA aux Etats-Unis puis par les AMAP en France. Nous allons présenter un bref aperçu des avantages que présentent ces pratiques :

 

Elles ont donc pour objectif de relocaliser la production de nourriture ainsi que leur lieu de distribution. Elle permet également de stopper « l'hémorragie » des paysans, ceux ci peuvent s'installer sans se soucier des risques que présente la vente de produits sur le marché de l'agro-alimentaire. Ces formes d'échanges créent une réelle confiance entre les producteurs et les consommateurs, de ce fait ces paysans peuvent pratiquer des techniques agricoles traditionnelles qui respectent l'environnement et enrichissent la diversité des semences produites.

 

La vente directe s'associe donc à une reprise par les citoyens du pouvoir sur leur propre consommation et sur l'impact qu'elle engendre sur l'environnement. De plus, elle permet de renouer du contact entre les campagnes et la ville et de renvoyer aux producteurs une image. Ce lien qui s'établit entre producteurs et consommateurs permet aux populations urbaines de reconsidérer le métier d'agriculteur en tant qu'un individu qui permet de nourrir la société et sans lequel l'ensemble des activités qui se réalise en ville ne serait possible.

 

Le lien qui s'établit entre producteur et consommateurs traduit un nécessaire renforcement du lien au territoire. Cette approche territoriale renforce les synergies locales entre les différents acteurs concernés : producteurs, intermédiaires, artisans, commerçants, collectivités locales et consommateurs.

 

D’un point de vue économique, la création de logique de vente directe aboutit

 

souvent à un système gagnant-gagnant pour les producteurs et consommateurs. Dans le cas des AMAP, le consommateur se procure des produits frais à un tarif raisonnable tout en connaissant la traçabilité du produit. L’absence d’intermédiaire au sein de l’échange créer un esprit d’entraide et de coopération entre les différents acteurs, la dimension monétaire reste bien souvent au second plan de ce genre de pratique. De plus, les circuits courts contribuent a maintenir des emplois en milieux rural et s’avère même être créateur d’emplois.

 

3) La dimension sociale dans la vente directe : Nous avons aujourd'hui une conception de l'achat et de l'échange marchand incorporé a l'analyse économique de satisfaction et de maximisation des gains. Or cette logique s'avère être déconnectée de tout échange relationnel et social entre les différents acteurs de la production : produits uniformes, lieu d'achat standardisé etc. La vente directe ( à travers les AMAPs, GASE, SEL) sont en discordance avec cette vision de l'achat. Le passage de l'état de consommateurs et de producteurs passifs, dominés par les lois impersonnelles du marché, à celui de consommateurs et de producteurs actifs responsable vis a vis des autres et de la nature parait correspondre à cette perspective. L'échange apparaît ainsi comme une relation sociale réalisée par le langage, et qui permet de construire un lien social dans lequel chacun est partie prenante.

 

Les processus de vente directe, dans leur diversité, apparaissent ainsi comme des espaces discursifs permettant d'instituer du lien social et de la réciprocité.

 

Il s'agit donc de passer d'une économie impersonnelle à une économie relationnelle.

 

Dans cette logique, l'espace apparaît comme l'une des caractéristiques principales de l'échange dans la mesure où les relations de vente directe impliquent une forte composante locale et que la proximité spatiale est dépendante de la proximité relationnelle. La relocalisation de la production implique une construction sociale orientée vers la confiance qui mobilise de façon essentielle les dimensions de proximité directe de l'échange.

 

On peut donc dire que ce qui est recherché dans les relations de vente directe, au delà de la satisfaction de besoins de consommation, c'est un dialogue, la création de liens sociaux, la recherche de relation d'échanges proprement sociales. Cette logique s'inscrit dans une dynamique qui invite à l'action collective, à la création de communautés ouvertes et créatives, s'engageant dans un processus de reconstruction sociale Ces démarches s'inscrivent dans la perspective d'une économie partenariale mettant la responsabilité économique, sociale et morale au centre de ses préoccupations.

 

 

 

  1. Lien entre mobilités et vente directe

 

 

 

Nous allons dans une première partie nous pencher sur l’optimisation des mobilités (notre sujet fait référence aux mobilités mécaniques dans l’espace), on retrouve au sein de la vente directe deux axes qui s’inscrivent dans cette perspective : la stratégie de proximité a travers la relocalisation de la production et la stratégies de diminution des mobilités mécaniques.

 

Nous verrons dans une seconde partie les avantages que présentent les espaces peri-urbains pour ce genre de pratiques.

 

 

 

  1. La reterritorialisation de l’économie

 

 

 

Nous sommes aujourd’hui dans une période ou la représentation de l’espace et notamment du territoire n’est plus centrale aux représentations collectives de nos sociétés post-modernes. Cette modification de la perception du territoire s’explique par plusieurs mécanismes, que nous ne pourrons pas développé au sein de cette rédaction, que sont la mondialisation et la diffusion des nouvelles technologies de la communication et de l’information, d’autant plus a travers l’utilisation de l’Internet. Auparavant, les sociétés étaient limité dans leurs déplacement pour des raisons technicistes, les moyens de transport de permettaient pas d’effectuer des déplacements sur de longue distance, d’autant plus pour transporter des marchandises. De ce fait, la quasi-totalité de l’économie de ces sociétés s’effectuait sur un espace limité. Aujourd’hui, ces facteurs limitants ont été supprimer par le développement des moyens de transports (chemin de fer, automobiles), cette prouesse technique a eu pour conséquences de d’étendre les espaces d’échange de marchandise sur des territoires de plus en plus vaste. Cette logique expansive du rapport a territoire a été d’autant plus accentué par la mise en place de la mondialisation. De ce fait, nous en sommes arrivé aujourd’hui à ne plus considérer le territoire comme un lieu au sein de laquelle nous pouvons créer des dynamiques économiques complexes et réciproque.

 

Or, cette utilisation a outrance des moyens de transport au sein de l’économie présente désormais ces limites : l’absence d’énergies alternatives au pétrole pour permettre nos déplacements met a mal notre organisation moderne des échanges et nous obligent a prendre des dispositions pour recréer des économies sur le territoire : on parle de reterritorialisation de l’économie.

 

La pratique de la vente directe est en adéquation avec cette reterritorialisation de l’économie.

 

Le fait que le secteur agricole soit aujourd’hui organisé de manière a se que les productions soit spécialisé en fonction des différentes régions est en discordance avec la mise en œuvre de logique d’économie de proximité : nous ne pouvons faire le choix de pratiqué cette vente directe a l’ensemble des exploitations du jour au lendemain sinon nous nous retrouverions contraint de manger 3 kilos de viande par jour et par personnes.

 

Il convient donc de diversifié notre agriculture sur les territoires pour permettre aux populations de pouvoir se nourrir correctement. De ce fait, le fait de relocaliser les productions maraîchère dans sur l’espace breton permettrait de rendre accessible l’économie de proximité a une majeure partie de la population. Nous voyons donc de nos jours de plus en plus de d’agriculteur pratiqué des cultures diversifié pour répondre aux attentes des populations sur leur territoire.

 

Cette nouvelle logique de l’agriculture permet donc de limiter les mobilités mécaniques : en effet les légumes que nous mangeons n’ont plus besoin de parcourir des centaines de kilomètres pour arriver dans nos assiettes. C’est donc dans une perspectives de limitation des transports de marchandise (ici de nourriture) que s’effectue la limitation des mobilités mécaniques grâce à la relocalisation des productions.

 

Cette reterritorialisation de la production répond donc aux enjeux écologiques visant à diminuer les dépenses énergétiques : les produits vendues en circuits courts parcourent peu de distances et nécessitent moins d’emballage. Cela permet donc de réduire l’impact écologique du secteur agroalimentaire. La dimension environnementaliste est donc très présente dans la vente directe, ces pratiques vont dans le sens de limiter notre emprunte écologique au sein de nos actions quotidienne.

 

 

 

 

 

Sur le plan de la distribution, étant donné que les consommateurs vivent a proximité des lieux de productions, les déplacements mécaniques sont considérablement limités. Dans le cas de la vente directe sur le lieu de production, cela évite aux producteurs de se déplacer et permet une réduction de ses coûts de transport. Pour les AMAP, le choix du lieu de distribution se fait de façon a ce qu’ils soient le plus proches de lieux de résidence des différents acteurs, cette localisation s’effectue donc dans une logique d’optimisation des déplacements.

 

 

 

 

 

  1. Vente directe et espace peri-urbain

 

 

 

On définira ici un espace peri-urbain comme une organisation de l'espace en anneaux concentriques autour d'un pôle urbain central : une première couronne concentrant activité économique et commerciales, habitat pavillonnaire et hauts revenus, une seconde vouée a l'habitat et aux mobilités pendulaires et une troisième, encore plus éloignées du centre, qui attire les les populations a bas revenus ne pouvant résider dans la métropole.

 

 

 

S'intéresser aux espaces peri-urbain sur ce thème de vente directe s'explique particulièrement parce que les données connues montrent que beaucoup de réalisation de vente directe se mettent en place dans les espaces peri-urbain : localisation d'une majorité des magasins collectifs, des AMAPs, lieux de marché a la ferme... et parce que ces espaces sont le lien direct entre la ville et la campagne que l'on a aujourd'hui trop tendance a considéré de façon exclusive. D'autre part, les espaces peri-urbains sont des espaces mixtes qui ne sont pas normées socialement, ils apparaissent comme des lieux où les fonctions économiques, sociales et culturelles déterminent un rapport particulier entre la ville et l'agriculture.

 

La reterritorialisation de l'alimentation apparaît donc plus facilité dans ces espaces.

 

La réalisation de projet s'inscrivant dans une logique de l'économie sociale et solidaire en zone peri-urbaine peut donc être considérer dans l'optique de renouer des liens entre le centre (zone urbaine) et la périphérie (zone rurale), et les espaces urbains sont a l'interface de celles ci et s'avèrent donc être le lieu privilégié pour favoriser ces pratiques.

 

Ils permettent donc de recréer un lien pour les populations urbaines avec le milieu agricole. De nombreuses expériences mise en place par les AMAP tel que des journées de découverte de l’exploitation du producteur pour les Amapiens favorisent le renouement de ces liens ville-campagne.

 

 

 

image1626-1.gif

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×